Les pilotes de chasse n’ont pas le monopole du pilotage de chasseurs !

Devenir pilote de chasse ? Certains préfèrent seulement regarder avec admiration ces puissants appareils en gardant les deux pieds sur terre, en toute sécurité. Cela ne veut pas dire qu’il est alors exclu de piloter un chasseur. Prenez, par exemple, le bricoleur Jan Becaus (49) de Bellem en Flandre orientale. Il a construit son propre Hawker Hunter, pour lui encore toujours l’un des plus beaux jets d’après-guerre.

Jan Becaus met z'n Hawker Hunter
Jan Becaus avec son Hawker Hunter

À l’âge de 12 ans environ, Jan était déjà fasciné par le modélisme. Dans son village natal Zomergem, il était un habitué du club de modélisme local Blue Birds. Il y allait regarder les petits avions fabriqués en balsa et en contreplaqué, propulsés à l’aide de méthanol. Il rêvait de posséder lui-même un tel avion. À l’âge de seize ans, il a alors acheté un petit appareil d’occasion à l’aide de l’argent gagné lui-même. Il est immédiatement devenu membre du club et il l’est encore aujourd’hui.

Hawker Hunter in volle vaart

Il y a six ans, Jan a commencé à s’intéresser aux modèles propulsés par des turbines. Comme ces modèles sont interdits à Zomergem, il s’est rendu au club de modélisme à Maubeuge en France.

Pour la construction de son avion, il a commencé sa recherche sur Internet. Il a ainsi fait la connaissance du Britannique Mick Reeves, qui allait construire la coque brute de l’appareil en matière synthétique.

Enfin, après huit mois, il a reçu la livraison et il s’est mis à la construction proprement dite. Il avait déjà recueilli beaucoup d’informations et de documentation sur le Hawker Hunter type F6, l’appareil qu’il voulait construire. Il voulait aller encore plus loin en construisant plus spécifiquement l’appareil 7JB de la Force aérienne belge. Jan savait qu’il y avait encore un tel exemplaire près de Chièvres. Il s’y est rendu pour photographier les détails de l’appareil.

Quelques fanas britanniques lui ont même fourni les plans pour la construction des ailes originales. La construction des chevrons et des solives a été un travail de bénédictin, mais cela ne l’a pas empêché de continuer pendant des mois jusqu’à ce que son Hawker s’approche de la réalité. Il a aussi soigneusement imité les traces d’usure apparentes sur les vrais chasseurs, causées par de longues années de service.

Entre-temps, il avait aussi acheté les pièces électroniques et la mini-turbine. En effet, la technologie de pointe a aussi fait son apparition dans le monde du modélisme. Jan a ainsi intégré un gyro pour la stabilité, un récepteur GPS, des servos digitaux etc. Il a même monté un train d’atterrissage escamotable électrique avec des freins pneumatiques dans les ailes, un travail pénible.

Jan estime le coût total du Hawker à 5.000 euros environ, ce qui est assez minime pour un jet selon les normes actuelles. Depuis longtemps, un prix de 15.000 euros pour un appareil prêt à l’emploi n’est plus une exception. En construisant l’avion soi-même, on peut réduire les coûts, bien entendu, si l’on ne compte pas les heures de travail.

On ne peut pas se permettre de faire des erreurs. Le poids cible de l’appareil était de 10 kilos. Un crash d’un tel colosse, pourvu de trois litres de kérosène et équipé d’une turbine brûlante avec une force de propulsion de 9,5 kilos, serait funeste.

Le 15 avril 2018, le moment de vérité est arrivé !

Après deux ans de construction, le Hawker est prêt pour son premier vol. À Maubeuge, il y a une piste en tarmac d’environ 125 mètres de long. Cela n’est pas une longueur excessive pour cet Hawker disposant d’ailes d’une grande superficie portante qui doivent réduire la vitesse de décollage et d’atterrissage.

Jan parcourt soigneusement sa check-list. Il revérifie tout : centre de gravité O.K., batteries chargées, réservoir rempli, temps de vol réglé ?

La tension monte et le premier vol de l’appareil suscite un vif intérêt.

« Tous charitables, les collègues pilotes aiment donner un coup de main, mais à de tels moments, on préfère être laissé seul », dit Jan. 

La turbine s’actionne…

Après avoir roulé quelques tours pour faire les derniers contrôles, l’avion se rend vers le départ de la piste où les freins vont subir un dernier contrôle. Volets sortis, l’avion commence à prendre de la vitesse. Le Hawker roule toujours plus vite sur le tarmac et en actionnant doucement la gouverne de profondeur, l’avion décolle.

…pour que l’avion puisse prendre l’air !

« Un moment magique », témoigne Jan, qui, après quelques corrections de compensation, commence à maîtriser ses nerfs et à se délecter de ce bel avion de chasse qui prend magnifiquement les virages.

Une fois les cinq minutes écoulées, il est temps d’atterrir. En effet, on ne peut certainement pas courir le risque que l’avion manque de kérosène. Après un test de décrochage, Jan fait décélérer l’avion et le prépare pour l’atterrissage. À basse vitesse aussi, le Hawker se laisse parfaitement conduire. Volets sortis, l’avion commence les manœuvres d’approche, probablement l’aspect le plus difficile du pilotage d’un jet. Il n’est pas évident de doser la turbine et de maîtriser constamment la vitesse. Une fois arrivé au-dessus de la piste, Jan ne met plus de gaz et arrondit lentement l’appareil. En avançant le stick, les freins s’activent. L’appareil s’arrête presque au milieu de la piste. L’homme est envahi par un second moment de satisfaction, un sentiment qu’il ne peut pas encore décrire aujourd’hui.

Entre-temps, Jan a déjà fait plus de 35 vols avec son Hawker. Exerçant comme profession principale dessinateur graphique, il combine, pendant son temps libre, son esprit créatif avec son intérêt pour la technique. Voir finalement voler le résultat nourrit son virus de l’aviation.

Envie d’en savoir plus ? Jan a décrit tout le processus de construction en détail sur : https://www.modelbouwforum.nl sous la rubrique « Propulsé par une turbine ».