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REPORTAGE

Renaud « Grat » Thys

Du faucon belge au frelon canadien

Pilote à la Force aérienne belge durant 15 ans, Renaud Thys a traversé l’Atlantique pour rejoindre l’Aviation royale canadienne. Un changement de pays, d’avion et de vie qu’il raconte avec enthousiasme.

F16 Belgische valk
F16

Base aérienne des Forces canadiennes Winnipeg, dans la province du Manitoba. Installé au cœur de l’immense région des Prairies, l’aéroport militaire héberge un centre d’entraînement et différentes unités opérationnelles. À l’écart des installations se dresse un bâtiment de haute sécurité accueillant le quartier général des opérations de la RCAF, la Royal Canadian Air Force. C’est ici que travaille le capitaine Renaud « Grat » Thys. Bien que de nationalité belge, le pilote de 35 ans y est considéré comme n’importe quel autre militaire canadien. « Je suis en charge des tâches de coordination liées aux opérations des CF-18 Hornet », détaille ce Liégeois d’origine. « Je planifie les exercices majeurs auxquels ces chasseurs participent, mais aussi la défense de l’espace aérien et les opérations extérieures. » Gestion des heures de vol au regard du budget ou encore missions de consultance auprès du haut commandement font également partie de ses fonctions. Un travail que le capitaine Thys n’exécute pas dans le cadre d’un échange avec la Force aérienne belge, mais bien en tant qu’officier de carrière à l’Aviation royale canadienne. « J’ai prêté serment à Toronto le 13 juin 2016, après avoir servi 15 ans sous les cocardes noir-jaune-rouge. »

Royal Canadian Air Force
Royal Canadian Air Force

L’ENVIE DE BOUGER

Marqué comme toute une génération par le film « Top Gun », Renaud Thys entre à la Défense belge en 2001 pour y devenir pilote. Au terme de sa formation, il rejoint la 350e escadrille de Florennes avec laquelle il participera à nombre d’exercices et d’opérations extérieures. « J’ai également été pilote de démonstration sur F-16 Fighting Falcon », rappelle-t-il. « Je voulais représenter ma Force aérienne et montrer cet avion exceptionnel au grand public. » Une expérience enrichissante que le militaire mènera 3 ans, jusqu’en 2014. Cette année marque également la fin de son contrat initial. « En tant qu’officier du cadre auxiliaire, la durée de mon engagement était de 13 ans. J’ai prolongé deux fois et j’aurais encore pu rester un an, puis passer dans le cadre de carrière après une série d’examens, mais j’avais envie de voir du pays, de bouger. Je n’étais pas tenté par l’aviation civile, car je voulais valoriser mon expérience de pilote militaire. » Sachant que certains États membres du Commonwealth acceptent des étrangers dans leur armée, le pilote décide de tenter sa chance outre-Atlantique. « En tant que membre de l’OTAN et partenaire de la Belgique, le Canada était en mesure de me donner un degré de sécurité suffisant. Une telle reconversion est assez rare à la Force aérienne belge. Nous ne sommes d’ailleurs que deux Belges à la RCAF. L’autre pilote est un ami qui m’a emboîté le pas lorsque je lui ai parlé de mon projet. »

UN TERRITOIRE IMMENSE

Au pays de la feuille d’érable depuis maintenant 2 ans, Renaud Thys, sa compagne et leur fils se sont facilement acclimatés. « Le Canada est un pays très accueillant et ma femme est d’origine californienne, ce qui facilite les choses », sourit l’aviateur. « L’Amérique du Nord et la Belgique sont à la fois similaires et différentes. La culture est assez proche, mais tout ici est plus grand, plus neuf, parfois plus extravagant. » Et puis, il y a l’hiver… « Ça, c’est une autre histoire ! Les températures descendent parfois jusqu’à 40 degrés au-dessous de zéro et la neige abonde. C’est rude, mais on a vite appris les astuces canadiennes pour l’affronter. » Enfin, comparé à notre petite Belgique, le Canada est évidemment immense. Une différence de taille dans le travail du capitaine Thys. « On met plus de temps pour aller de Toronto à Vancouver que pour traverser l’Atlantique », plaisante-t-il. Le deuxième pays le plus grand du monde ne dispose par ailleurs que de deux bases de chasseurs pour assurer la souveraineté de son espace aérien. « Le NORAD, le système de défense aérienne de l’Amérique du Nord est très similaire à la mission de police du ciel de l’OTAN en Europe, mais avec des contraintes géographiques très spécifiques. »

Renaud "Grat" Thys
Renaud “Grat” Thys

BIENTÔT SUR HORNET

C’est à l’automne 2019 que « Grat » devrait commencer sa conversion sur CF-18. « Je dois m’intégrer dans une des classes de leur Escadron de conversion opérationnelle, attendre qu’une place soit libre », explique l’officier. Mais ce dernier s’est déjà familiarisé avec sa future monture en volant en place arrière. Et il fait profiter l’actuel pilote démonstrateur du CF-18 de son expérience des shows aériens en s’assurant, au sol, de la sécurité des manœuvres. Autant d’occasions de comparer le Hornet au Falcon. « Les deux avions peuvent emporter un armement moderne et effectuer le même type de missions, mais ils sont nés d’une approche différente du concept d’agilité. Plus avancé en matière d’aérodynamique, le F-18 peut sacrifier sa vitesse afin de manœuvrer dans un mouchoir de poche, ce qui lui donne un avantage immédiat en combat. Le F-16, lui, va conserver son énergie/vitesse en exploitant son moteur exceptionnel et sa capacité à soutenir de hauts facteurs de charge. » À l’entendre, on sent le pilote impatient de prendre les commandes du biréacteur canadien. Mais il avoue aussi ne plus chercher à voler à tout prix. « Je suis plutôt intéressé par un parcours de carrière qui m’amènera à traiter des questions de fond et à définir des stratégies pour le futur. » Engagé à la RCAF pour une période initiale de 9 ans, « Grat » aura ensuite la possibilité de prolonger son contrat tous les 4 ans jusqu’à la retraite. Reste à lui souhaiter une belle et longue seconde carrière sous les cocardes canadiennes.

F16 Belgian Air Force

F16 Belgian Air Force

par: Michaël Lesent

Source: RateOne édition 06